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Tartuffe, grande comédie en cinq actes et en vers, se range incontestablement au nombre des chefs-d'œuvre de Molière. Le personnage du faux dévot, ce fameux tartuffe dont le nom est entré dans le langage commun, est devenu l'incarnation exemplaire de l'hypocrisie.
Du vivant même de son auteur, la pièce connaît un succès éclatant et est jouée de nombreuses fois, mais au prix de quels combats ! Il faudra en effet plusieurs années à Molière pour obtenir l'autorisation de représenter sa comédie.
Pour bien comprendre le contexte de la création de Tartuffe, il peut être bon de remonter à celui de L'École des Femmes, première grande comédie de Molière datant de 1662. Avec cette œuvre, Molière renouvelle en profondeur la comédie ; il s'empare d'un sujet sérieux – le mariage et l'éducation des filles – et lui offre le prestige d'une composition en vers et en cinq actes, mais sans renoncer au comique de farce qui a fait jusque-là son succès. Les ennemis de Molière se font alors entendre et multiplient les attaques contre lui, dénonçant son immoralité, tandis que le roi Louis XIV affirme son soutien à l'auteur. La querelle dure plusieurs mois, préfigurant le déchaînement suscité par Tartuffe.
Fort de l'appui du souverain, Molière fait jouer une première version de Tartuffe en mai 1664, lors des Plaisirs de l'île enchantée, somptueuse fête donnée par le jeune monarque à Versailles. La pièce suscitant aussitôt l'hostilité du parti des dévots et de la reine mère, le roi est contraint de l'interdire. Les calomnies et les attaques pleuvent. Molière écrit un premier placet au roi pour se défendre et obtient le droit de la représenter en privé. Il réécrit la pièce, l'intitule Panulphe ou l'Imposteur mais, malgré un deuxième placet, se heurte à une nouvelle interdiction. Il faudra attendre 1669 pour que Tartuffe, dans sa version définitive, soit finalement joué et obtienne le succès que l'on sait.