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René, un héros en proie au « mal du siècle »

René est l'une des sources du romantisme littéraire français. Dans la lignée du Werther de Goethe, le personnage de Chateaubriand est l'archétype du héros mélancolique travaillé par le vague des passions, ce qui va devenir le « mal du siècle ». Musset en analyse ainsi les causes dans La Confession d'un enfant du siècle, en 1836 :
« Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes : le peuple, qui a passé par 1793 et par 1814, porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore, ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux. »
Dans les Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand revient sur ce roman, soulignant l'emphase du style et les excès sentimentaux du héros. Avec le recul, c'est à un véritable désaveu ironique de lui-même que se livre l'écrivain.
« Si René n'existait pas, je ne l'écrirais plus. S'il m'était possible de le détruire, je le détruirais. Une famille de René poètes et de René prosateurs a pullulé : on n'a plus entendu que des phrases lamentables et des phrases décousues ; il n'a plus été question que de vents et d'orages, et que de maux inconnus livrés aux nuages et à la nuit. Il n'y a pas de grimaud sorti du collège qui n'ait rêvé être le plus malheureux des hommes, de bambin qui à seize ans n'ait épuisé la vie, qui ne se soit cru tourmenté par son génie ; qui, dans l'abîme de ses pensées, ne se soit livré au vague de ses passions ; qui n'ait frappé son front pâle et échevelé, et n'ait étonné les hommes stupéfaits d'un malheur dont il ne savait le nom, ni eux non plus. »