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Stéphane Mallarmé mène une existence de père de famille tranquille et de professeur consciencieux, dont tout le temps libre est consacré à la poésie. Son œuvre tient en une cinquantaine de poèmes, appréciés, de son vivant, par un cercle restreint de connaisseurs. Parmi eux, les membres de la jeune école symboliste qui viendront, fascinés par la profondeur de ses propos sur la poésie et la musique, écouter la parole du maître chez lui, rue de Rome, le mardi : Paul Claudel, André Gide, Paul Valéry. Pour Mallarmé, la poésie est une religion. « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (1897), publié dans la revue Cosmopolis est un poème révolutionnaire qui fait éclater tous les codes poétiques voire syntaxiques : ni vers, ni ponctuation, une ample « phrase » déploie ses mots selon une typographie complexe qui se lit comme une partition musicale et se regarde comme un calligramme. C’est l’aboutissement d’un cheminement littéraire qui a commencé avec la publication des premiers vers dans Le Parnasse contemporain en 1866. Mallarmé est alors un fervent admirateur de Baudelaire au point qu’un connaisseur lui écrira « Baudelaire, en rajeunissant, pourrait signer vos sonnets. » Tels sont en effet, « L’azur », « Brise marine » ou encore « Les fenêtres ». Il ne s’agit pourtant aucunement de pastiches mais d’une authentique appropriation d’un idéal poétique que Mallarmé va porter au plus haut degré d’exigence.