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Mallarmé commence à enseigner l'anglais à vingt et un ans. Il exercera consciencieusement son métier de professeur, d'abord en province, puis à Paris à partir de 1872, jusqu'à la retraite qu'il obtient en 1893. Il pourrait alors se consacrer tout entier à ce qui est depuis toujours sa vraie vie, la poésie, en écrivant son grand œuvre qu'il nomme « le Livre ». Une mort prématurée à cinquante-six ans ne lui laissera le temps que d'en écrire un chapitre – « Un coup de dés jamais n'abolira le hasard » (1897) –, publié dans la revue Cosmopolis. C'est un poème révolutionnaire qui fait éclater tous les codes poétiques, voire syntaxiques : ni vers, ni ponctuation, une ample « phrase » déploie ses mots selon une typographie complexe qui se lit comme une partition musicale et se regarde comme un calligramme. C'est l'aboutissement d'un cheminement littéraire qui a commencé avec la publication des premiers vers dans le Parnasse contemporain en 1866. Mallarmé est alors un fervent admirateur de Baudelaire, au point qu'un connaisseur lui écrira : « Baudelaire, en rajeunissant, pourrait signer vos sonnets. » Tels sont en effet « L'azur », « Brise marine » ou encore « Les fenêtres ». Il ne s'agit pourtant aucunement de pastiches, mais d'une authentique appropriation d'un idéal poétique que Mallarmé va porter au plus haut degré d'exigence. Il revendique ainsi, dès 1862, la nécessité du « mystère » pour la poésie, qu'il compare à une religion, souhaitant « une langue immaculée », « des formules hiératiques » dont la difficulté en écarte les profanes. Dislocation de la phrase, recherche du mot rare choisi pour son étrangeté quand elle est musicale, le style de Mallarmé devient hermétique et répond à son souhait de n'être compris que de rares initiés. Ainsi, L'Après-midi d'un faune (1876) propose, dans une syntaxe très complexe, un symbole diversement interprétable. Outre Baudelaire, une autre source d'inspiration importante a été l'œuvre du poète américain Edgar Poe, dont Mallarmé a réalisé des traductions. Paru en 1877 dans un recueil collectif d'hommage au poète disparu, Le Tombeau d'Edgar Poe est un autre exemple de cette poésie exigeante. Publié l'année précédant sa mort, le volume Divagations recueille, sous forme d'anthologie, l'essentiel de ses écrits en prose, articles théoriques ou de critique, lettres, mais aussi portraits et anecdotes qui prennent la forme de poèmes en prose. Les cinq textes proposés dans l'anthologie sont de cette veine, qui donnent une idée du talent de conteur de Mallarmé. Aussi comprend-on mieux la fascination – et au-delà, l'influence – qu'il a pu exercer sur ses visiteurs du mardi, parmi lesquels Barrès, Claudel, Gide et Valéry.