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Consacré par ses contemporains, choyé par les princes, Ronsard est le poète le plus contesté dans l'histoire littéraire. Ridiculisé par Boileau pour son « faste pédantesque », il est tombé dans l'oubli quand Sainte-Beuve, empruntant l'identité d'un certain Joseph Delorme, le réhabilite en 1829 : « À toi, Ronsard, à toi, qu'un sort injurieux/ Depuis deux siècles livre aux mépris de l'histoire,/ J'élève de mes mains l'autel expiatoire/ Qui te purifiera d'un arrêt odieux. » Le rejet de son œuvre nous apparaît en effet « odieux » à la lecture des pièces de cette anthologie qui, délaissant les Odes, Hymnes et Discours, propose des poèmes appartenant aux trois recueils des Amours. Si les sonnets dédiés à Cassandre (1552) et l'élégie (extraite du Bocage, 1554) sont encore imprégnés de pétrarquisme, les poèmes dédiés à Marie (sonnets extraits des Meslanges et de Continuation des Amours, 1555) sont d'un lyrisme authentique et d'une charmante simplicité, qualités liées au sincère attachement de Ronsard pour une jeune paysanne. Avec les Sonnets pour Hélène – publiés en 1578 et composés pour la consolation d'Hélène de Surgères, fille d'honneur de Catherine de Médicis –, sa poésie revient au monde de la cour et retombe parfois dans les travers mythologiques. Il n'en reste pas moins le poète musical par excellence qui a su montrer tout l'intérêt de l'alternance des rimes masculines et féminines, et préparer par sa maîtrise des rythmes les réussites futures de l'alexandrin classique.