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Quand il accueille Rimbaud à Paris en 1871, Verlaine a vingt-sept ans et s’adresse à un jeune admirateur – dont il a lu quelques vers qui l’ont séduit – qui, lui, n’en a pas encore dix-sept. Verlaine a déjà publié deux recueils à la tonalité mi-parnassienne, mi-baudelairienne, Poèmes saturniens et Fêtes galantes où s’exprime de manière délicate sa sensualité mélancolique. Il a épousé l’année précédente la toute jeune Mathilde dont il chante l’amour dans La Bonne chanson. Il espère avoir éloigné de lui les démons qui marqueront sa vie, ceux de l’alcool et d’une homosexualité vécue dans la culpabilité. En faisant venir Rimbaud chez lui, c’est un « Satan adolescent » (selon l’expression de Verlaine) qu’il fait entrer dans sa vie : passion amoureuse, beuveries, brutalités conjugales, c’est le début d’une longue saison en enfer qui trouvera sa fin dans une violente querell, suivie d’un procès. Condamné à deux ans de prison, Verlaine est désormais seul face à lui-même, retrouve la foi et l’exprime dans les poèmes de Sagesse. Il reste surtout le maître de la musicalité, du vers impair, rejetant la rhétorique pour un primitivisme savamment dosé. La sensation fugitive et le sentiment intime s’y trouvent magnifiés en symboles : « Que ton vers soit la bonne aventure/ Éparse au vent crispé du matin : Qui va fleurant la menthe et le thym…/ Et tout le reste est littérature. » (Jadis et naguère).