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De l’œuvre de Nerval, nous avons retenu des poèmes illustrant les deux extrémités. Les Odelettes, parues en 1831, sont des œuvres de jeunesse d’une légèreté et d’une musicalité que l’on retrouvera plus tard chez Verlaine, telle cette célèbre « Fantaisie » (« Il est un air pour qui je donnerais/ Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ») ou encore ces « Papillons » (« Le papillon, fleur sans tige,/ Qui voltige,/ Que l’on cueille en un réseau ;/ Dans la nature infinie,/ Harmonie/ Entre la plante et l’oiseau !»). Vingt ans plus tard, les autres Odelettes et les sonnets rassemblés dans le recueil des Chimères portent la marque de ce que Nerval a nommé « l’épanchement du songe dans la vie réelle ». Sujet à des hallucinations, le poète a cherché dans les mythologies orientales et les cultes ésotériques des réponses à ses interrogations sur le rapport entre le réel et l’imaginaire. Cette quête de sens se retrouve dans l’hermétisme des Chimères, où figure son plus célèbre sonnet : « Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,/ Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :/ Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé/ Porte le soleil noir de la Mélancolie. » (« El Desdichado »)