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De l'œuvre de Nerval – longtemps méconnu de l'histoire littéraire –, l'anthologie présente des poèmes illustrant les deux extrémités. Les Odelettes, parues en 1831, sont des œuvres d'un jeune poète romantique qui a déjà publié une traduction du Faust de Goethe et un Choix de poésies de Ronsard, qu'il a contribué à faire redécouvrir. Le lecteur en appréciera la légèreté et la fraîcheur, la musicalité et la maîtrise de mètres variés, souvent impairs – des qualités qui seront plus tard celles de Verlaine auquel on pense tout naturellement à la lecture de « Fantaisie » (« Il est un air pour qui je donnerais… ») ou des « Papillons » (« Le papillon, fleur sans tige,/ Qui voltige… »).
Les autres Odelettes parues en marge des Petits Châteaux de Bohème en 1853, et surtout les douze sonnets rassemblés dans le recueil des Chimères publié avec Les Filles du feu en 1854, conduisent le lecteur à l'autre extrémité d'une vie marquée par ce que Nerval a nommé « l'épanchement du songe dans la vie réelle ». Atteint de crises de démence hallucinatoire dès 1841, Nerval cherche dans les mythologies orientales, les cultes ésotériques et les arcanes des alchimistes, des réponses à ses interrogations sur le rapport entre le réel et l'imaginaire. Cette quête de sens auprès des doctrines les plus secrètes se retrouve dans l'hermétisme des Chimères où il s'unit, paradoxalement, à une pureté formelle qui deviendra la référence pour les poètes symbolistes de la fin du siècle.