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À une passante

Ce sonnet appartient à la section « Tableaux parisiens » du recueil Les Fleurs du mal. Il évoque en quelques touches magistrales la rencontre fugitive d'une femme en deuil, une jambe aperçue, un regard croisé, quelques secondes d'émotion qui suscitent la rêverie sur un futur possible aboli dans l'instant même où il est ressenti.
Extrait
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

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