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En 1857, la parution des Fleurs du mal – recueil de cent poèmes au titre provocateur – vaut à Baudelaire un procès pour immoralité qui le contraint à en retirer six pièces. Il publie, en 1861, une nouvelle édition enrichie dont les textes sont organisés en six sections qui pourraient figurer les étapes d'une expérience intérieure douloureuse. Balancements entre spiritualité et animalité dans « Spleen et Idéal », spectacle décevant de l'urbanité quotidienne dans les « Tableaux parisiens », tentations de l'ivresse (« Le Vin ») et de la débauche (« Fleurs du mal »), défi à Dieu dans « Révolte » : nulle autre issue que « La Mort », dernière partie du recueil qui s'achève par un ultime cri de défi sur le désir de « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » Les amis de Baudelaire ajouteront d'autres poèmes dans une édition posthume en 1868 (les Nouvelles Fleurs du mal de l'anthologie), dont l'inoubliable « Sois sage, ô ma Douleur… » qui clôt ce recueil. Dédié au « poète impeccable, au parfait magicien ès lettres françaises » Théophile Gautier – parnassien adepte de la perfection formelle –, le recueil des Fleurs du mal sera aussi une référence pour les poètes symbolistes, dont le sonnet « Correspondances » est en quelque sorte le manifeste.
Les Petits poèmes en prose ont été réunis pour la première fois en volume pour les œuvres complètes de Baudelaire, dans une publication posthume en 1869. Leur parution dans différentes revues s'échelonne de 1855 à 1866. Le goût de Baudelaire pour ce nouveau genre poétique trouve son origine dans sa lecture admirative de Gaspard de la nuit, unique recueil d'Aloysius Bertrand qui est l'inventeur romantique de cette « prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience » (Baudelaire, dédicace à Arsène Houssaye, 1862). Certains de ces poèmes en prose reprennent les thèmes des Fleurs du mal (« Confiteor de l'artiste », « La solitude »), parfois sous un titre identique (« L'invitation au voyage »). La plupart sont des « tableaux parisiens », sortes d'équivalents littéraires des œuvres des peintres impressionnistes que Baudelaire a défendus si brillamment dans ses écrits de critique d'art.