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De Rimbaud, ce que l’on retient d’abord, c’est son extrême précocité. Son portrait, cette fameuse photo d’un jeune homme faite par Carjat, est devenu l’icône de l’adolescence contestataire. Elle illustre la fugue rêveuse de « Ma bohême » (« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées… ») et l’émotion révoltée du « Dormeur du Val ». Mais l’adolescent fugueur est aussi un vagabond érudit, qui a assimilé les classiques au collège et les contemporains en fraude. Il a pour maîtres Virgile et Boileau et connaît, déjà, bien que vivant en province, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Banville… Quand il part pour Paris avec dans sa poche un long poème, « Le Bateau ivre », il n’a que 16 ans. Avec cette précocité, ce qui finira de faire de Rimbaud un mythe moderne, c’est sa fugacité, puisqu’il aura tout dit à vingt ans. Il n’aura publié qu’un livre, un recueil de poèmes en prose qui tient à la fois de la confession intime et de la relation d’une expérience de dérèglement sensuel et mental, Une saison en enfer, imprimée à compte d’auteur. Ses Poésies, des feuillets dispersés au gré de ses errances, ses Illuminations, prose poétique qui préfigure le surréalisme, seront publiées à son insu par des amis, parmi lesquels un certain Verlaine…