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Le court recueil Méditations poétiques, d'abord publié sans nom d'auteur en mars 1820, rencontre un tel succès qu'il sera réimprimé sept fois au cours de l'année. Lamartine est désormais connu : à l'instar de Chateaubriand dans la prose, Lamartine devient, dans la poésie, l'auteur romantique par excellence. « Quelques-unes de ces poésies ne sont pour ainsi dire que des soupirs de l'âme », écrit-il dans l'avertissement. Telle est la raison de son succès : les poèmes qui passeront à la postérité – « L'isolement », « Le vallon », « Le lac »… – sont l'expression d'un cœur brisé par la mort de l'être aimé. Le chagrin, le regret, la solitude trouvent dans le « sentiment » de la nature à la fois leur reflet et leur dépassement, ouvrant la méditation à une dimension mystique. Celle-ci trouve une amplitude nouvelle dans les Nouvelles méditations – publiées en 1823 – dans lesquelles la contemplation exaltée de la création (« L'esprit de Dieu », « Les étoiles ») permet un dépassement de soi dans un élan de confiance mystique (« Consolation »).
Les Harmonies poétiques et religieuses, publiées en 1830, comptent quarante-huit poèmes : l'anthologie en propose sept des plus représentatifs. « Milly ou la terre natale » et « Le premier regret » prolongent la veine intimiste des Méditations. Cependant, le recueil – constitué d'hymnes à la bonté et à la toute-puissance divines – est davantage d'inspiration religieuse. Toujours présente, la communion avec la nature apparaît comme le moyen par lequel l'homme entre en communication avec le divin. De l'« Ode aux chrétiens dans les temps d'épreuve » à « Éternité de la nature », la foi de Lamartine s'oriente d'un catholicisme traditionnel vers un déisme qui n'est pas sans rappeler celui de Jean-Jacques Rousseau.
Publié en 1835 dans le Voyage en Orient, « Gethsemani » est le poignant récit d'un rêve prémonitoire dans lequel Lamartine, déjà éprouvé par des deuils successifs – ceux de son premier fils, de ses deux sœurs et de sa mère –, pressent au cours d'une visite des lieux saints la mort de sa fille Julia, restée à Beyrouth avec sa mère. « Ma fille, mon enfant, mon souci, mon trésor », « C'était sur ma fenêtre un rayon de soleil » : de tels accents dans l'amour d'un père, puis dans sa douleur ne se retrouvent que dans les vers de Victor Hugo après la mort de Léopoldine. La foi chrétienne que ce voyage devait raviver vacille : « La prière en mon sein avec l'espoir est morte. »