iBibliothèque - accueil

On ne badine pas avec l'amour ou le renouvellement d'un genre

Au xviiie siècle, le proverbe est une petite pièce jouée dans les salons, un divertissement improvisé. Musset l'enrichit d'une visée morale, comme le marquent généralement les titres se trouvant sous la forme de leçon : « il faut… », « on doit… », « on ne saurait… ».
Il réactualise ce genre ancien et oublié, le renouvelle, et prend ses distances par rapport au mouvement romantique. Cet écart avec la poésie contemporaine lui permet de restituer une atmosphère désuète du xviiie siècle, un style précieux, par opposition à l'emphase romantique. Les dialogues, délicats ou comiques, contiennent l'influence de la comédie italienne, de Shakespeare et de Marivaux. Les thèmes sont ceux du sentiment et de l'intrigue amoureuse, avec les quiproquos de rigueur qui servent de fil conducteur à l'éducation sentimentale des protagonistes. La limpidité de la dramaturgie, la finesse des dialogues et la délicatesse des caractères féminins sont la signature personnelle de l'auteur. Musset introduit aussi un chœur antique, souvent joué par une seule personne, qui donne la réplique aux personnages, présente les scènes ou les commente.
Chef-d'œuvre inégalé qui continue à être joué sans être démodé, On ne badine pas avec l'amour noue comme une tresse des scènes sérieuses, romantiques, comiques et dramatiques. L'humour est apporté par les personnages secondaires grotesques comme Blazius – appelé ironiquement « messer » Blazius – ou dame Pluche. Les dialogues entre Perdican et Camille, à la fois frais et sérieux, nourrissent quant à eux l'intemporalité des questionnements de l'amour. Pour écrire cette pièce, Musset utilise en partie des lettres de George Sand, ce qui rend très crédible et bien dessiné le personnage de la jeune fille, Camille.
Extrait des Illustrations pour les œuvres d'Alfred de Musset éditées par Damascène Morgand (Paris) en 1833.
Extrait des Illustrations pour les oeuvres d'Alfred de Musset éditées par Damascène Morgand (Paris) en 1833.
© Gallica.