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Une source probable

Publié en mai 1829 dans la Revue de Paris – dix ans avant le voyage en Corse de Mérimée – avec le sous-titre Mœurs de la Corse, Mateo Falcone figure dans le recueil intitulé Mosaïque (1833). La nouvelle sera rééditée à trois reprises, entre 1842 et 1860, avec Colomba – un autre récit ayant pour cadre la Corse. Un article de la Revue trimestrielle – publié en juillet 1828 – pourrait être l'une des sources de Mateo Falcone. Le voici :
« « À l'époque où nos troupes étaient encore dans l'île, les auxiliaires de Gênes, deux déserteurs du régiment de Flandre s'enfoncent dans les bois pour y chercher un asile. M. de Nozières, leur colonel, qui était ce jour même d'une partie de chasse, fut conduit par le hasard sur leurs pas. Les deux déserteurs, l'ayant aperçu, se jetèrent dans un marais couvert d'arbustes. Malheureusement, ils avaient été vus par un berger du voisinage, dont les gestes indiquèrent aux chasseurs le lieu de leur retraite. Le berger s'obstinant à ne rien dire et continuant ses signes, on crut qu'une proie était cachée dans les broussailles ; on lâcha les chiens, qui confirmèrent ce soupçon, et bientôt on découvrit ces deux malheureux, qui étaient enfouis dans la fange jusqu'à la bouche. Conduits à Ajaccio, et condamnés à la peine de mort, ils furent passés par les armes. Cependant, le pâtre, qui avait reçu quatre louis pour récompense de sa dénonciation, ne put s'empêcher de raconter son aventure, à laquelle, d'ailleurs, on donna toute la publicité possible à Ajaccio pour inspirer aux soldats une crainte salutaire et leur persuader qu'ils ne seraient point favorisés dans leur désertion par les naturels du pays. Mais ce qui est remarquable, c'est l'indignation que témoigna la famille du berger en apprenant cet acte de lâcheté. Ses parents s'assemblent et décident qu'ils ne doivent pas laisser vivre un homme qui a déshonoré sa nation et sa famille en recevant le prix du sang. Cette espèce de sentence prononcée, ils se mettent à sa poursuite, le saisissent et l'amènent sous les murs d'Ajaccio, et, après l'avoir confié quelques instants aux soins d'un religieux qu'ils avaient fait venir pour le confesser, ils le fusillent à la manière des Français, en même temps qu'on fusillait les deux déserteurs. Après l'exécution, les quatre louis furent remis au confesseur, chargé de les rendre aux officiers qui les avaient donnés à leur parent. "Nous croirions, lui dirent-ils, souiller nos mains et nos âmes, que de garder cet argent d'iniquité ; il ne faut point qu'il serve à personne de notre nation." » »