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Mérimée traducteur

Mérimée, traducteur des œuvres de Pouchkine, Gogol, Tourgueniev, permit au public français de découvrir des grands auteurs de la littérature russe.
« « La langue russe est la plus belle langue de l'Europe, sans en excepter le grec. Elle est bien plus belle que l'allemand et d'une clarté merveilleuse. […] » Il ajoute que « la langue est jeune ; les pédants n'ayant pas encore eu le temps de la gâter, elle est admirablement propre à la poésie(1) ». C'est cette idée qu'il développa dans un article très étudié sur Pouchkine. Il traduisit, comme il savait traduire, deux nouvelles saisissantes de l'écrivain russe, Le Coup de pistolet et La Dame de pique ; il y mêla sa fine raillerie à l'angoisse sans nom qui plane sur ces deux récits. Il fit connaître aussi au public L'Inspecteur général, la terrible satire de Nicolas Gogol, et analysa, dans un article, Les Âmes mortes […] Quant à Mérimée, quelle chose l'attirait dans Tourgueniev, et, par exemple, dans Fumée ? Est-ce la peinture poignante de cette impuissance qui fait de la vie du Slave un long rêve déçu ? Ou n'est-ce pas plutôt l'art contenu et suggestif du peintre, son coup de pinceau sobre et fin ? Mérimée a dit quelque part : « Les Russes sont sortis de l'ornière classique sans tomber dans la fondrière du romantisme » ; et il les aimait pour cela. »
Auguste Filon, Mérimée et ses amis, 1894.

(1)Correspondance avec Albert Stapfer. Cannes, 10 février 1869.