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Genèse de l'œuvre

Ces quelques morceaux choisis témoignent de la genèse de Madame Bovary. Les lettres de Flaubert, dont ils sont extraits, s'adressent à sa maîtresse Louise Colet et à ses amis Louis Bouilhet, Edma Roger des Genettes et Mlle Leroyer de Chantepie.
À Louise Colet (31 janvier 1852)
« […] Tu n'as point, je le crois, l'idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d'être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l'auteur absente. Ce sera triste à lire ; il y aura des choses atroces de misère et de fétidité. […] »
À Louise Colet (2 mai 1852)
« […] Je me sens par moments stérile comme une vieille bûche. J'ai à faire une narration. Or le récit est une chose qui m'est très fastidieuse. Il faut que je mette mon héroïne dans un bal. Il y a si longtemps que je n'en ai pas vu un que ça me demande de grands efforts d'imagination. […] »
À Louise Colet (7 octobre 1852)
« […] À la fin de ce mois j'espère avoir fait mon auberge. L'action se passe en trois heures, j'aurais été plus de deux mois. Quoiqu'il en soit, je commence à m'y reconnaître un peu. Mais je perds un temps incalculable, écrivant quelquefois des pages entières que je supprime ensuite complètement, comme nuisant au mouvement. […] »
À Louise Colet (16 avril 1853)
« […] Ce livre me tue ; je n'en ferai plus de pareils… On ne m'y reprendra plus, à écrire des choses bourgeoises. […] »
À Louise Colet (14 août 1853)
« […] Tout ce qu'on invente est vrai, sois-en sûre. […] »
À Louis Bouilhet (6 juin 1855)
« […] Il m'arrive de supprimer, au bout de cinq ou six pages, des phrases qui m'ont demandé des journées entières… C'est une manière de travailler inepte, mais comment faire ? […] »
À Edma Roger des Genettes (30 octobre 1856)
« […] On me croit épris du réel, tandis que je l'exècre. C'est en haine du réalisme que j'ai entrepris ce roman. […] »
À Mlle Leroyer de Chantepie (18 mars 1857)
« […] Madame Bovary n'a rien de vrai. C'est une histoire totalement inventée. […] »
Page de titre de Madame Bovary.
Page de titre de Madame Bovary.
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