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Dernière nouvelle parue du vivant de Mérimée, Lokis est publié dans la Revue des Deux Mondes le 15 septembre 1869. On sait par la correspondance de Mérimée que le cheminement créatif de cette œuvre a été particulièrement long. Il y fait allusion dès 1867 dans une lettre où il recommande à sa correspondante, passionnée de chasse, d'éviter absolument les ours, car « ils sont trop mal élevés pour avoir du respect pour les chasseresses ». Un an plus tard, le sujet de l'histoire est déjà bien précis dans la lettre qu'il adresse à Jenny Dacquin, où il est question, encore d'un « ours mal élevé », et d'un fils illégitime… Emprunté au fonds de légendes populaires nordiques, le sujet de Lokis fera l'objet d'une abondante correspondance avec Tourgueniev, chargé par Mérimée de fournir des éléments de couleur locale pour une histoire située en Lithuanie et qui fera l'heureuse proposition du titre (« l'ours » en jmoude). Mérimée hésitera longtemps avant de laisser Buloz – qui l'a, selon ses termes, « embobeliné » – publier cette histoire très scabreuse. Il est vrai que tout ou presque y est sous-entendu et que les demoiselles de compagnie de l'impératrice, pour qui une lecture en fut faite à Saint-Cloud en juillet 1869, n'y avaient rien compris…