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La Lituanie poour cadre

Mérimée a longtemps hésité avant de publier sa dernière nouvelle. Deux difficultés se présentent. D'abord, selon ses propres termes, « le sujet en est fort scabreux ». Ensuite, il a besoin d'informations linguistiques pour la couleur locale de son récit qu'il situe en Lituanie. C'est au romancier russe Tourgueniev, dont il a traduit des œuvres, qu'il s'adresse pour la mener à son terme. Cet extrait de sa correspondance témoigne de ses hésitations.
« « Une dame est rencontrée par un ours qui la viole. Elle a un enfant, très beau garçon, un peu velu, très robuste, qu'on élève bien, mais qui est toujours un peu bizarre. […] [Ce Monsieur] ne se rend pas bien compte des sentiments qu'elle lui inspire, est-ce physique ou platonique ? Il se marie et il la mange. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il ne connaît pas l'auteur de ses jours. […] Le plus drôle, c'est qu'en ruminant cette belle histoire, j'avais entre les mains une grammaire lithuanienne. Je suis devenu fort en jmoude, zomaïtis, et j'ai mis la scène en Lithuanie. La couleur locale abonde ! ! ! Si je savais faire des vers, j'aurais fait un poème, et il me semble qu'il y a quelque chose de poétique dans ce mélange d'humanité et de bestialité. Je cherche un titre, je voudrais quelque chose comme "Le trouveur ou le dénicheur de miel"… Mais ce que j'aimerais mieux, c'est un mot lithuanien signifiant "ours". J'ai vu des Lithuaniens, pas un seul ne sait un mot de jmoude. En savez-vous ? » »
Lettre de Mérimée à Tourgueniev le 9 octobre 1868.