iBibliothèque - accueil
Après la mort de Blaise Pascal en 1662, sa famille découvre dans ses papiers de nombreux manuscrits. Gilberte et Florin Périer commencent alors un important travail d'édition, publiant successivement L'Équilibre des liqueurs et la pesanteur de la masse de l'air, puis le Traité du triangle arithmétique. À côté de ces écrits scientifiques se trouvent les éléments du grand projet d'apologie de la religion chrétienne que Pascal n'a pu conduire à son terme. Leur premier soin est d'en faire établir des copies, tâche délicate, l'écriture de Pascal étant difficile à déchiffrer et son texte comportant parfois des abréviations. Il écrivait sur de grandes feuilles des notes, des plans, des réflexions, parfois des rédactions abouties, qu'il classait en les découpant, regroupant ensuite les morceaux en liasses. Vingt-sept de ces liasses portent un titre, ce qui a permis de constituer une table, reproduite dans le fragment n° 1 de la présente édition. Une trentaine d'autres dossiers ne portent pas de titres et apparaissent dans un ordre différent dans les deux copies « intégrales » qui sont parvenues jusqu'à nous. Si l'on ajoute que les originaux ont subi un nouveau découpage au xviiie siècle pour être collés dans un cahier et que de nouveaux fragments ont été découverts tardivement, on mesure l'importance des difficultés qu'ont dû surmonter les différents éditeurs des Pensées.
La première édition des Pensées, dite « de Port-Royal », sort des presses en 1670. Le comité formé par la famille, le duc de Roannez, Arnauld, Nicole et quelques collaborateurs, a écarté la proposition de Gilberte, qui proposait une publication intégrale de la copie pour retenir une sélection des fragments les plus clairs et les plus développés, classés suivant un ordre thématique après avoir subi des retouches qui en atténuent les audaces ou lèvent des ambiguïtés. La deuxième édition propose, en 1678, une quarantaine de fragments supplémentaires et devient l'édition de référence pour un siècle. C'est en effet en 1776 que Condorcet propose une nouvelle édition des Pensées, dont une version annotée par Voltaire sera publiée en 1778. L'année suivante, l'abbé Bossut propose un nouveau classement en fragments profanes et fragments religieux. Évolution majeure dans la recherche éditoriale, Victor Cousin retrouve en 1842 à la Bibliothèque royale le manuscrit original, qui révèle des différences considérables avec les éditions connues. Faugère donne en 1844 une première édition plus fidèle au texte de Pascal. Cette recherche de l'authenticité a un prix : retrouver dans l'ordre de présentation des textes une logique correspondant aux intentions de Pascal. En 1892, Léon Brunschvicg publie une édition annotée qui fera longtemps autorité en classant les fragments en quatorze « articles » thématiques. Les éditions les plus modernes rejoignent, paradoxalement, le projet initial de Gilberte Périer en cherchant à se rapprocher le plus possible de l'ordre original des papiers. C'est l'option choisie dans l'édition Lafuma de 1951, puis plus récemment dans l'édition Sellier (classiques Garnier, 1991) – retenue dans la présente édition de La Bibliothèque.