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C'est en 1862, alors que Victor Hugo se trouve en exil à Guernesey, que paraissent les Misérables simultanément en Belgique et à Paris. Cependant, les premières ébauches du roman remontent à 1845. Le sort du peuple, la misère, la condition des détenus et des bagnards préoccupent Hugo depuis longtemps, lorsqu'il se lance dans la rédaction d'un roman nommé au départ Jean Tréjean, puis Les Misères. Déjà, Hugo veut lutter contre « la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit ». Durant deux années, entre novembre 1845 et décembre 1847, il rédige les quatre premières parties de son œuvre. Le roman semble en bonne voie, mais la tourmente révolutionnaire de 1848, l'opposition à Louis-Napoléon Bonaparte, puis l'exil éloigneront pour un temps l'auteur de ce projet. Dans les années 1850, Hugo se consacre surtout à son œuvre poétique avec la publication de Châtiments, des Contemplations, puis de La Légende des siècles. Alors que la couverture de Châtiments parus en 1853 annonçait déjà la future parution des Misérables, ce n'est qu'en avril 1860 que l'exilé de Hauteville House se replonge dans l'écriture de ce manuscrit. Les quatre premières parties sont remaniées et considérablement augmentées, une cinquième partie est ajoutée. Le roman prend alors toute son ampleur. La rédaction, puis les relectures, les corrections, compliquées par l'éloignement géographique de ses éditeurs belges, accaparent Hugo, ainsi que Juliette Drouet, mise à contribution pour les copies, jusqu'au printemps 1862.
Le roman est publié en dix volumes, d'avril à juin 1862, et connaît immédiatement un véritable triomphe. Il est aussitôt traduit en plusieurs langues et vendu dans toute l'Europe. Les critiques, elles, sont plus réservées. Lamartine, Flaubert ou Barbey d'Aurevilly, entre autres, le jugent même avec sévérité. Quant à Baudelaire, s'il défend publiquement le roman dans un article, il affirme dans une lettre adressée à sa mère qu'il s'agit d'un livre « immonde et inepte » !
Près d'un siècle et demi plus tard, le roman, dont les personnages continuent de hanter notre imaginaire et notre culture, est pourtant devenu l'ouvrage emblématique de Hugo. L'auteur lui-même le présentait comme l'« un des principaux sommets, sinon le principal, de [son] œuvre ».