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Les Lettres persanes constituent l'un des textes emblématiques de la littérature et de la pensée du siècle des Lumières. Montesquieu est âgé de trente-deux ans lorsqu'il les publie anonymement, en Hollande. Elles paraissent chez Jacques Desbordes à Amsterdam, et non à Cologne chez Pierre Marteau comme le proclame la couverture. L'utilisation d'un nom d'éditeur fictif est fréquente à l'époque pour déjouer la censure.
Les Lettres persanes, que Montesquieu décrit comme une « sorte de roman », relatent principalement les péripéties de voyage de deux Persans, Usbek et Rica, en Europe. Elles rassemblent les lettres de dix-neuf scripteurs, adressées à vingt-cinq destinataires différents, ce qui crée une véritable fresque polyphonique. Avec ce croisement subtil des voix, Montesquieu renouvelle le roman épistolaire – genre prisé à la fin du xviie et au début du xviiie siècle.
Montesquieu exploite aussi avec bonheur la mode de l'Orient et des « turqueries », très en vogue depuis l'extraordinaire succès des traductions des Mille et Une Nuits par Antoine Galland, en 1704.
Pour crédibiliser les descriptions orientales, Montesquieu puise abondamment dans les Voyages du chevalier Chardin en Perse (1686) de Jean Chardin, et dans les Six voyages en Turquie, en Perse et aux Indes orientales (1676) de Jean-Baptiste Tavernier. Mais l'exotisme orientaliste n'est pas une fin en soi pour Montesquieu, dont l'objectif déclaré est de « joindre de la philosophie, de la politique et de la morale à un roman ».
Il fait lire son manuscrit à l'un de ses amis, le Père Desmolets, qui l'encourage vivement à le publier : « Président, cela sera vendu comme du pain. » En effet, le succès est immédiat. Les Lettres persanes seront inlassablement imitées et copiées, et de nombreuses versions pirates verront le jour – plus de trente du vivant même de Montesquieu.
Une deuxième version originale paraît en 1755, toujours chez Jacques Desbordes à Amsterdam. Aux cent cinquante lettres de la première édition, Montesquieu ajoute onze nouvelles, ainsi qu'un supplément intitulé Quelques réflexions sur les Lettres persanes.