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Plusieurs des six nouvelles qui composent Les Diaboliques avaient déjà été publiées séparément dans des journaux. Barbey d'Aurevilly décide de les réunir en un volume qui paraît en 1874 et qu'il souhaite tout d'abord nommer Ricochets de conversation, eu égard au style comme fil conducteur du recueil. Chaque histoire est racontée, mimée et comme représentée sur scène à un auditoire – que ce soit lors d'une promenade, d'une partie de cartes, ou en attendant la réparation d'une voiture –, ce qui confère au témoignage une vivacité, une proximité, une intimité. Si, dans les préfaces successives, Barbey d'Aurevilly affirme avoir puisé les sujets dans des histoires réelles, il n'en écrit pas moins à son confident Trébuten : « Toutes mes situations sont inventées. » C'est dire combien le style, l'interprétation, l'emportement de l'imagination ont pu déformer ces faits divers qui, tous, sont racontés pour faire frémir d'horreur les lecteurs. Car ces six nouvelles contiennent des histoires de meurtres, de vengeance, de mort tragique et de vie scandaleuse, voire sulfureuse, ce qui vaut d'ailleurs à l'auteur les foudres de la justice et la saisie des exemplaires par le Parquet de Paris. Les Diaboliques correspondent au surnom donné par Barbey d'Aurevilly aux héroïnes de ses six courts récits, pour la part obscure, trouble, de leurs sentiments. Ce surnom renvoie pour l'auteur à « des sensations qui vont jusqu'au surnaturel ». Et l'on trouve effectivement un peu de Poe dans ces « nouvelles à faire peur », dont voici les titres :
– « Le Rideau cramoisi » : les voyageurs d'une diligence en panne dans la nuit écoutent l'un d'entre eux leur relater les souvenirs d'un amour de jeunesse, rempli de mystère, de lourd silence et de drame ;
– « Le Plus Bel Amour de Don Juan » : lors d'un souper qu'il partage avec douze anciennes maîtresses, le comte Ravila de Ravilès parle d'une ancienne histoire d'amour vécue avec une autre femme, mystérieuse. Laquelle, dans le cours du récit de Ravila, raconte le déroulé d'une visite chez un curé, qui prend une tournure étonnante. Ainsi plusieurs récits s'emboîtent l'un dans l'autre comme des poupées russes. La chute est si paradoxale que c'est ce décalage qui en fait toute la saveur ;
– « Le Bonheur dans le crime » : lors d'une promenade au Jardin des plantes, le docteur Torty raconte à un jeune ami l'histoire d'amour d'un couple qu'ils ont croisé et remarqué. L'arrêt devant les cages des fauves donne lieu à des comparaisons et descriptions piquantes des personnages en présence ;
– « Le Dessous de cartes d'une partie de whist » : des personnages impénétrables, tout absorbés par leur passion du jeu, cachent sous leurs silences amour, haine et jalousie ;
– « À un dîner d'athées » : les agapes succèdent à l'avarice, le silence laisse place aux emportements furieux et le silence de la peinture exprime la furie de la guerre, dans ce récit plein de contrastes violents où l'amour le plus physique se donne des images d'innocence ;
– « La Vengeance d'une femme » : une femme devient prostituée par soif de vengeance. Cette dernière nouvelle tranche sur les précédentes par les explications éclairant les attitudes, contrairement aux lourds silences des personnages antérieurs.