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Les Confessions : un moi en quête de vérité

Premier tome des Œuvres complètes de Rousseau, édité par A. Houssiaux, Paris, 1852-1853.
Premier tome des OEuvres complètes de Rousseau, édité par A. Houssiaux, Paris, 1852-1853.
© Gallica.
En choisissant ce titre, Rousseau se réfère aux Confessions de Saint-Augustin, qui raconte dans son autobiographie tous les méfaits qui ont jalonné sa vie, avant que la révélation de la foi ne lui apporte apaisement et sagesse. De la même façon, Rousseau n'hésite pas à dévoiler les recoins les plus intimes, voire honteux, de son existence. Le mot « confessions » indique qu'il ne s'agit pas seulement de faire connaître des souvenirs, mais aussi de dévoiler, d'analyser des actions et des sentiments, de mettre à nu un homme. Même si certains aveux lui coûtent, Rousseau est déterminé à s'attacher à la vérité.
Cependant, dès 1766, l'écriture des Confessions inquiète de nombreuses personnes ayant fréquenté Rousseau et croyant – à tort – qu'il y met surtout des ragots. Mme d'Épinay rédige aussitôt des « contre-confessions » qui circulent sous le titre Histoire de Madame de Montbrillant. De même, la crainte que les mémoires de Rousseau ne portent atteinte à son honneur pousse Hume à rédiger et à faire publier son Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre Hume et Rousseau, avec les pièces justificatives.
Enfin, des pressions sont exercées pour faire interdire les lectures privées des Confessions. Néanmoins, quelques-unes continuent de se dérouler chez le poète Dorat, le marquis de Pezay, le prince royal de Suède, le comte et la comtesse d'Egmont, la marquise de Mesme, le marquis de Juigné. En témoigne cette lettre de Dorat, adressée à son amie la comtesse Fanny de Beauharnais :
« Je rentre chez moi, Madame, ivre de plaisir et d'admiration ; je comptais sur une séance de huit heures, elle en a duré quatorze ou quinze ; nous nous sommes assemblés à 9 heures du matin, et nous nous séparons à l'instant sans qu'il y ait eu d'intervalle à la lecture que ceux du repas dont les instants, quoique rapides, nous ont encore parus trop longs […] Quel ouvrage ! Comme il s'y peint, et comme on aime à l'y reconnaître ! Il y avoue ses bonnes qualités avec un orgueil bien noble, et ses défauts avec une franchise plus noble encore. Il nous a arraché des larmes par le tableau pathétique de ses malheurs et de ses faiblesses, de sa confiance payée d'ingratitude, de tous les orages de son cœur sensible, tant de fois blessé par la main caressante de l'hypocrisie. Surtout de ces passions si douces qui plaisent encore à l'âme qu'elles rendent infortunée. J'ai pleuré de bon cœur. »

Quelques copies des Confessions circulent avant leur publication, qui n'aura pas lieu du vivant de l'auteur.