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Au cours de son séjour à Florence, en 1842, Dumas accompagne le prince Napoléon, fils de Jérôme Bonaparte, dans sa découverte des îles de la Méditerranée. Après avoir parcouru l'île d'Elbe, ils arrivent devant un îlot peuplé de chèvres sauvages, et en relèvent la position géographique. « Mais à quoi cela nous servira-t-il ? », demande le prince. « À donner, en mémoire de ce voyage que j'ai l'honneur d'accomplir avec vous, le titre de L'Île de Monte-Cristo à quelque roman que j'écrirai plus tard », répond Dumas.
Il tiendra parole, en 1844, à une nuance près : l'ouvrage sera intitulé Le Comte de Monte-Cristo. À l'origine, il était prévu que Dumas élabore, dans des Impressions de voyage dans Paris, « une promenade historique et archéologique ». Mais devant l'enthousiasme que suscitent en 1843 Les Mystères de Paris d'Eugène Sue – publiés en feuilleton dans le Journal des Débats –, les éditeurs changent de cap : ils commandent à Dumas une œuvre dont les Impressions ne seraient que des détails, que l'écrivain réalise en collaboration avec Auguste Maquet. Dès le mois d'août 1844 débute la parution du Comte de Monte-Cristo dans Les Débats.
Le triomphe que rencontre ce roman tient d'abord à l'histoire d'Edmond Dantès – l'innocente victime d'un odieux complot –, au récit de sa vie brisée et de sa renaissance grâce au savoir de son compagnon de captivité. L'inoubliable figure de l'abbé Faria, avec sa volonté implacable de se faire justice, son intelligence, son courage, sa capacité à se travestir, explique aussi l'engouement populaire.
Le Comte de Monte-Cristo devient l'archétype du roman de vengeance. Son succès ne faiblira pas au fil des rééditions, des traductions, puis des adaptations au cinéma et à la télévision. Les lecteurs d'aujourd'hui, au-delà du plaisir de la lecture de divertissement, au-delà du feuilleton qui fait passer les invraisemblances dans les conventions du genre, y trouveront un tableau de la société sous la Restauration, époque de l'argent-roi avec ses banquiers spéculateurs, égalant en intérêt La Comédie humaine de Balzac.