iBibliothèque - accueil
En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
Ce distique de Boileau résume efficacement la réception de la deuxième tragi-comédie de Corneille en 1636, tant il est vrai que Le Cid suscita dans le même temps un triomphe public sans précédent et une violente querelle due aux deux chantres des règles classiques, Mairet et Scudéry.
Il est vrai que cette tragédie à fin heureuse – plus que tragicomédie – égratigne parfois les règles de la vraisemblance et de la bienséance. Fallait-il mettre en scène un héros espagnol à l'époque où la France était en guerre contre l'Espagne ? N'était-il pas choquant de représenter Chimène en conversation galante avec un homme dont l'épée était « du sang de [s]on père encore toute trempée » ? Chimène n'était-elle pas une jeune femme « dénaturée » et « impudique », selon les mots même de Scudéry, en se résignant si vite à un mariage avec ce héros criminel ? Dans son « Avertissement » (1648-1656), Corneille se retranche derrière l'authenticité d'un épisode déjà relaté par le dramaturge espagnol Don Guillén de Castro. Le dramaturge consent cependant à modifier la scène d'exposition et le dénouement, sans dévoyer toutefois l'énergie et le charme d'un héros dont le lyrisme généreux rappelle étrangement un autre « héros » de Corneille qui, la même année, fait rire le public par ses fanfaronnades : Matamore.