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Reprise de Anouilh

Jean Anouilh s'est inspiré de cette comédie pour écrire La Répétition ou l'Amour puni. Dans cette pièce, jouant sur une mise en abyme, les personnages préparent une représentation de La Double inconstance.
Les répliques de la pièce de Marivaux sont présentées entre guillemets. C'est le comte qui joue les metteurs en scène.
«  HORTENSIA
« Que voulez-vous, ces gens-là pensent à leur façon et souhaiteraient que le prince fût content. »
LE COMTE
Bien, Hortensia !
LUCILE
« Mais ce prince, que ne prend-il une fille qui se rende à lui de bonne volonté ? Quelle fantaisie d'en vouloir une qui ne veut pas de lui. Quel goût trouve-t-il à cela ? »
LA COMTESSE
(au Comte que Lucile a regardé en jouant)
Signalez-lui que le prince n'est pas en scène, Tigre. C'est Hortensia qu'il faut regarder.
LUCILE
« Car c'est un abus que tout ce qu'il fait : tous ces concerts, ces comédies, ces grands repas qui ressemblent à des noces, ces bijoux qu'il m'envoie. Tout cela lui coûte un argent infini. C'est un abîme, il se ruine. Demandez-moi ce qu'il y gagne. Quand il me donnerait toute la boutique d'un mercier, cela ne me ferait pas tant de plaisir qu'un petit peloton qu'Arlequin m'a donné. »
HORTENSIA
« Je n'en doute pas. Voilà ce que c'est l'amour. J'ai aimé de même. Et je me reconnais au peloton. »
(Au Comte.)
Est-elle sincère en disant cela ? Je sens que je parle faux. A-t-elle aimé vraiment ? A-t-elle un jour préféré un petit peloton de laine à tous les bijoux du prince ?
LE COMTE
Et vous, ma chère Hortensia ?
HORTENSIA
Tigre, il ne s'agit pas de moi. Si c'est un jeu que vous jouez, il n'est pas drôle ! Vous venez de dire que nous n'étions pas nous…
LE COMTE
Pardon. Quand j'ai distribué la pièce, j'ai très bien su ce que je faisais. Vous l'avez parfaitement dite votre réplique.
HORTENSIA
Je l'ai donnée « sincère ».
LE COMTE
Et comme vous n'avez jamais préféré le moindre peloton de laine à votre plaisir, en la donnant « sincère », vous avez eu l'air abominablement faux. C'était parfait. C'est ce que je voulais. Continuez.
 »
(Extrait de la pièce de théâtre La Répétition ou l'Amour puni écrite par Jean Anouilh et représentée pour la première fois en 1950.)
Illustration de La Double Inconstance réalisée par Charles Albert d'Arnoux, dit Bertall.
Illustration de La Double Inconstance réalisée par Charles Albert d'Arnoux, dit Bertall.