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En 1718, le Mercure publie, sans nom d'auteur, une courte nouvelle intitulée Histoire de la Comtesse de Tende. Six ans plus tard, la même nouvelle est proposée dans le Mercure avec le sous-titre « Nouvelle historique, par Mme de Lafayette ». Entre-temps est paru, en 1720, le premier ouvrage portant, un quart de siècle après sa mort, son nom sur la couverture : l'Histoire d'Henriette de France, un livre de mémoires consacrés à la belle-sœur de Louis XIV qui fut son amie intime. Les deux textes figurent dans un même manuscrit, dont l'origine incertaine est due à la légèreté avec laquelle l'Abbé de Lafayette – son fils –, a dispersé les archives de Mme de Lafayette.
Le récit commence « la première année de la régence » de Catherine de Médicis, ce qui le situe entre les deux Princesses. Les mêmes libertés sont prises avec l'histoire, personnages historiques et imaginaires mêlés, biographies modifiées pour se plier aux intentions de l'auteur. Ébauche ou dépassement de l'une ou l'autre des Princesses ? La question se pose à l'évidence, tant se ressemblent les thèmes et les péripéties – mariage sans amour, passion adultère, aveu – à cette différence près que l'adultère est ici consommé et qu'un bâtard naît. La nouvelle pourrait donc être une évocation indirecte de l'histoire de Mme de Roquelaure, contemporaine de Mme de Lafayette, épouse adultère morte en couches. L'histoire, d'une concision trop crue pour qu'elle fût publiée du vivant de son auteur, pourrait bien n'être que la matrice des œuvres futures.