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La lande de Lessay, hantée par les fantômes des histoires anciennes, isolée, sinistre dans l'obscurité, tient une grande place dans ce roman par l'ambiance qu'elle lui confère. Le narrateur et son compagnon de route entendent sonner lugubrement la cloche de l'église de Blanchelande, tandis qu'ils cheminent à cheval dans le noir. Le marchand de bœufs entame alors le récit de l'abbé de La Croix-Jugan, chouan défiguré par des blessures de guerre, indifférent à la passion qu'il inspirait à Jeanne de Feuardent qui, par dépit, chercha à se venger en ayant recours à la magie des bergers…
Les personnages principaux sont comme frappés de malédiction, peut-être du fait qu'ils ont embrassé la cause des perdants, et ne sont plus que les derniers survivants d'un monde déjà englouti dans l'Histoire.
Ce roman est un hommage littéraire à la chouannerie normande. Barbey a puisé dans ses liens étroits avec la Normandie de nombreux détails qui rendent authentiques le récit, notamment les vêtements des personnages secondaires et l'usage de dialecte normand dans la bouche des paysans : trémaine, courtil, épanté, devinailles, ardé, fouir, esquelette, ferluches, ronchaille… Cette recherche du régionalisme réaliste rend encore plus frappant, par contraste, et donc plus effrayant, le surnaturel qui se dégage comme d'une gangue de ce terreau, en particulier toute la description des préparatifs et de la messe fantastique, ainsi que les détails symboliques de la mort du prêtre le jour de Pâques.
Baudelaire écrira à propos de L'Ensorcelée : « Je viens de relire ce livre qui m'a paru encore plus chef-d'œuvre que la première fois. »