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Religion et croyances populaires

L'Ensorcelée se veut être le premier volet des chroniques chouannes, que Barbey d'Aurevilly souhaite réunir en un cycle romanesque intitulé L'Ouest. Finalement, seul Le Chevalier Des Touches paraîtra également.
L'Ensorcelée est d'abord publiée en feuilleton dans L'Assemblée nationale en 1852, sous le titre La Messe de l'abbé de La Croix-Jugan, avant son édition en volume en 1855. La figure du prêtre n'est pas isolée : elle apparaît également dans l'œuvre de Barbey d'Aurevilly dans Un prêtre marié et Une histoire sans nom, mais aussi chez d'autres auteurs du xixe siècle, tels que Balzac – Un curé de village – et Zola – La Faute de l'abbé Mouret, La Conquête de Plassans.
Le narrateur de L'Ensorcelée adhère aux convictions de l'auteur et se présente ainsi : « Moi qui crois que les sociétés fortes, sinon les plus brillantes, vivent d'imitation, de tradition, des choses reprises à la même place où le temps les interrompit ; moi, enfin, qui me sens plus de goût pour le système des castes, malgré sa dureté, que pour le système de développement à fond de train de toutes les facultés humaines. »
Cependant, même si Barbey d'Aurevilly se présente comme un catholique militant, l'ensemble de son œuvre baigne dans un climat d'angoisse surréelle. Dès le départ, L'Ensorcelée campe un paysage de frayeurs païennes et de recours à la magie. Le narrateur n'hésite pas à assumer son attirance pour les récits macabres dont il se fait le relais, car il est, dit-il, « grand amateur et dégustateur de légendes et de superstitions populaires ».
Barbey d'Aurevilly hésite, sur les traces de Shakespeare, à situer ses récits dans des temps disparus pour prendre toute liberté de les faire revivre avec toute leur charge émotionnelle et passionnelle.