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1896

Le commerce. Dans les magasins de Corbigny il n'y a personne, excepté les jours de foire. Il n'y a que la sonnette, et elle dort. Elle crie quand on la réveille. Dans la salle du fond dont la porte ouvre sur le jardin, on aperçoit quelqu'un qui tend la tête, bouche ouverte, yeux étonnés. Et la femme ou l'homme hésite à venir. Qui suis-je donc ? Qui est-ce qui peut bien venir les déranger en semaine ?
Une fois mariée, la femme se fane. Elle n'a plus ni jolité, ni coquetterie. Elle ne se soigne plus. Elle s'habille pour vivre dans l'arrière-boutique. Quelquefois, ce qu'elles avaient de mieux persiste : des dents restent blanches. L'une d'elles, qui était jolie, en quatre ans a tout perdu. Elle n'a plus que ses cheveux qui mettent longtemps à se défriser.
Et on livre de la main à la main, sans faire de paquets.
— Oh ! moi, me dit une marchande de vaisselle, je ne sais pas faire les paquets.
Qu'est-ce que vous pouvez bien savoir faire, ma brave dame ?
Pauvre homme ! Quand il sera mort, sur sa tombe il faudra mettre une couronne de cinq livres, en pain.
Tu as rejeté les pierres de ton jardin dans le jardin des autres, et, pour y ajouter, tu as démoli un peu de ton mur.
La vie est courte, mais comme c'est long, de la naissance à la mort !
A un gros clou pendent de petites choses légères.
Elle est toute fraîche, même en sortant du train. Elle voyage comme une fleur dans un panier.
Papa connaît Tolstoï comme socialiste, et Laurent Tailhade comme dynamité.
A mon retour au pays, le matin je fus salué par un chant d'alouettes qui pétillaient dans l'air comme des flammes au bout de hauts cierges.
Un couple dans le train. Lui, cravate de satin, veste neuve et chapeau mou, ronge et gercé comme la terre trop sèche, rasé jusqu'à la nuque, sentant fort.
Elle, rouge aussi, mains rouges sans gants. Toilette voyante, corsage acajou qui joint mal, et garni d'or, bracelet or formant nœud de cravate ou jarretière. Petits paysans qui se marient et montent en première. La jeune mariée n'en revient pas, des courroies Paris-Lyon-Méditerranée. Lui, il explique paysages, trains qui passent. Ça, c'est un train de marchandises. Des ouvriers travaillant sur la voie, il s'écrie :
— Dire que j'ai été comme ça, moi !
Et tous deux se mettent à rire de pitié !
En face, une grosse femme bouffie et noire, en deuil, mais surtout née en deuil. Elle dort, assise sur le bord de la banquette. Elle se balance comme sur un bateau ivre ; et sa petite fille, qui est bossue, malingre, nerveuse et très « susceptible », souffre de voir sa mère ridicule. Elle l'appelle, lui tire son journal, puis se moque d'elle avec nous. Et la maman répond, du fond de son sommeil houleux :
— Laisse-moi donc ! Et après, qu'est-ce que ça fait ?
Pense à ce que serait un village, son église rasée.
— Courteline ne travaille pas, dit Mendès. Il a encore quinze cents francs de paresse devant lui. Après, il s'y mettra.
— Je déteste Aphrodite, me dit Griffin.
Et il me donne de si bonnes raisons que je n'en ai aucune de n'être pas de son avis.
C'est bien entendu. Je ne peux rien faire avec génie, par inspiration. Pour obtenir un résultat, il me faut travailler ferme, et me bien tenir, et persévérer. La plus petite faiblesse, je la paye. Il faut que je m'interdise le primesautier, l'impromptu et le chic.
Mme X… Laide dès le premier abord et jusqu'à la fin. Ce ménage est comme un couple de sarments.
Gabriel Randon va à la Revue Blanche, où il est reçu assez grincheusement par La Jeunesse qui lui dit :
— Que désirez-vous, monsieur ?
— Je désire savoir deux choses : pourquoi on m'éreinte à la Revue Blanche, et ce que vous avez fait de vos c…
L'art du roman, d'après Pierre Sales.
Des arbres morts tendent leur fin squelette la nuit.
Et ces longues journées où l'on écrirait un livre tout entier.