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Le Journal ou la face cachée de Jules Renard

Chez Jules Renard, l'homme ne peut être séparé de l'écrivain. Il pioche dans sa vie pour trouver l'inspiration de ses ouvrages. C'est dans ses souvenirs vécus, que ce soit dans sa campagne natale ou dans le Paris littéraire et théâtral, qu'il puise les matériaux de ses portraits – dressés souvent d'une pointe acide ou, du moins, sans complaisance. Marqué toute sa vie par une enfance malheureuse, souffrant notamment du manque d'amour de la part de sa mère qui déteste dès sa plus tendre enfance la couleur rousse de ses cheveux et rejette par la même occasion toute sa personnalité, Jules Renard doit également batailler pour se faire accepter par son frère Maurice et sa sœur Amélie. Il entretient avec son père des relations étroites, bien que froides, faites de parties de chasse et de lectures partagées. Cependant, le fait d'avoir grandi sans joie et sans amour laisse une trace indélébile chez l'homme. Timide, peu sûr de lui, mélancolique, Jules Renard se voue très tôt à la carrière littéraire et y restera fidèle toute sa vie, malgré de nombreuses désillusions. Ce fond neurasthénique ne l'empêche pas de manipuler l'humour et l'ironie. Très attiré par les coulisses de théâtre, sa liaison avec l'actrice Danièle Davyle de la Comédie-Française lui ouvre des portes et le lance dans le Paris littéraire. Il se liera d'amitié avec le plus grand acteur du siècle – Lucien Guitry – et avec le dramaturge Antoine. Jules Renard sait cacher ses sentiments pour plaire, et le Journal est le reflet de cette dualité. Il abonde en instantanés photographiques pris sur le vif par l'œil perçant et l'oreille attentive de l'auteur. Que ce soit le monde rural ou le Tout-Paris littéraire, théâtral ou politique, l'écrivain croque des portraits à la Daumier. Le Journal est à ce titre une mine d'informations sur ce tournant du siècle. Lorsque Jules Renard se laisse aller à la confidence et à la sincérité, ses anecdotes font place aux questions douloureuses d'un créateur inquiet. Et, partout, au gré de la plume, des envolées poétiques concentrées en peu de mots, imagées, colorées, aèrent le texte. C'est ce mélange de superficialité, de dynamique de vie, d'intériorité et de poésie qui font du Journal, plus qu'un document d'époque, une œuvre littéraire à part entière.