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Les différentes versions de l'œuvre

La légende d'Iphigénie a donné lieu à un certain nombre de versions. On sait que les Dieux réclamèrent le sacrifice de la fille d'Agamemnon pour laisser les troupes grecques partir à la conquête de Troie afin de récupérer Hélène, enlevée par Pâris. Cependant, si selon Eschyle, Iphigénie fut sacrifiée par son père, selon Euripide dans Iphigénie à Aulis, elle fut sauvée in extremis par Artémis qui lui substitua une biche et l'envoya en Tauride où elle devint prêtresse. Si Racine a souhaité donner un dénouement heureux à sa tragédie, il a cependant refusé l'intervention de ce deus ex machina, considéré comme une facilité. Il s'est donc inspiré d'une troisième version, selon laquelle la princesse sacrifiée est la fille cachée d'Hélène et de Thésée. Il crée ainsi le personnage d'Ériphile, jeune fille à « la noire destinée », ignorant son identité. À la fois victime de sa passion et folle de jalousie, elle finira par s'immoler elle-même.
Page de titre d'Iphigénie parue en 1847.
Page de titre d'Iphigénie parue en 1847.
© Gallica.
Racine rédige dans un premier temps ce plan du premier acte d'une Iphigénie en Tauride, avant de choisir la légende d'Iphigénie en Aulide pour son Iphigénie.
« Iphigénie vient avec une captive grecque qui s'étonne de sa tristesse. Elle demande si c'est qu'elle est affligée de ce que la fête de Diane se passera sans qu'on lui immole aucun étranger. Tu peux croire, dit Iphigénie, si c'est là un sentiment digne de la fille d'Agamemnon. Tu sais avec quelle répugnance j'ai préparé les misérables que l'on a sacrifiés depuis que je préside à ces cruelles cérémonies. Je me faisais une joie de ce que la Fortune n'avait amené aucun Grec pour cette journée, et je triomphais seule de la douleur commune qui est répandue dans cette île où l'on conte pour un présage funeste de ce que nous manquons de victimes pour cette fête. Mais je ne puis résister à la secrète tristesse dont je suis occupée depuis le songe que j'ai fait cette nuit. J'ai cru que j'étais à Mycène dans la maison de mon père, il m'a semblé que mon père et ma mère nageaient dans le sang et que moi-même, je tenais un poignard à la main pour en égorger mon frère Oreste. Hélas mon cher Oreste ! »

Dans son œuvre Les Métamorphoses, Ovide évoque un autre dénouement que Racine pour le sacrifice d'Iphigénie. En voici un extrait :
« La mer, toujours irritée, refuse le passage aux guerriers : il en est qui croient que Neptune protège les murs que sa main a construits. Mais Chalcas sait et proclame qu'il faut le sang d'une vierge pour apaiser la colère d'une vierge, de Diane irritée. Il faut qu'Agamemnon sacrifie sa tendresse à l'intérêt commun, que le roi l'emporte sur le père. Iphigénie est conduite aux pieds des autels, et son sang virginal va couler sous le couteau des sacrificateurs émus ; la déesse enveloppe la victime d'un nuage, et, au milieu du sacrifice et des prières, remplace par une biche la vierge de Mycènes. Cette victime nouvelle a calmé tout ensemble et Diane et les flots en courroux : les mille voiles des Grecs s'enflent au souffle des vents, et, après bien des traverses, les guerriers conjurés touchent enfin les rivages de Troie. »