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Quelques caractéristiques de l'œuvre

Le premier volet du triptyque est daté : « Au château de Saché, juillet-novembre 1936 ». Balzac se réfugiait souvent chez son ami Jean de Margonne à Saché, pour travailler en paix. Talonné par ses créanciers et isolé à Saché, il rédige en vingt jours la première partie d'Illusions perdues.
Comme le titre l'indique, ce roman s'inscrit dans le courant de désenchantement propre à cette époque qui suivit la révolution de juillet 1830. Stendhal dans Le Rouge et le Noir (1830), Jules Janin dans La Confession (1830), les récits fantastiques de Charles Nodier : ces romans s'enracinent dans le terreau du pessimisme et d'une ironie grinçante. Il s'agit d'une époque désabusée où l'on n'a plus foi en rien : que ce soit la religion ou l'athéisme (abordés par le livre de J. Janin), ou les valeurs morales (Stendhal).
Balzac l'avait déjà fait remarquer dans sa préface en 1831 de La Peau de chagrin : « Nous ne pouvons aujourd'hui que nous moquer, la raillerie est toute la littérature des sociétés expirantes. »
Cependant, la spécificité d'Illusions perdues est que Balzac ne se contente pas de peindre les sentiments et l'intériorité des personnages. Il aborde de nombreux thèmes : le désenchantement du provincial qui se fera éconduire et snober par les Parisiens, l'ambition qui mène à tricher dans les affaires, mais surtout l'ensemble du processus de l'objet écrit. On y suit les efforts de Lucien pour trouver un débouché éditorial à ses poèmes, l'avarice des éditeurs, le cynisme des journalistes, les recherches techniques de David Séchard sur le papier, l'histoire des almanachs des colporteurs essayés par sa femme. L'atelier, le labeur des « protes », les « ours » (les compagnons pressiers), les « balles » (tampons de laines) remplacées par des rouleaux élastiques, le « tympan », la « marche », la « frisquette », les formes qu'on lave dans l'évier… Balzac connaît ces éléments techniques parfaitement, pour les avoir lui-même expérimentés. En ceci, Illusions perdues correspond à l'un des romans les plus autobiographiques de Balzac, à ceci près que Lucien de Rubempré est beau, ce que n'était pas Balzac, et qu'il est de caractère faible, ce que Balzac n'était pas non plus.
Dessin réalisé par Adrien Moreau et représentant à gauche Lucien Chardon.
Dessin réalisé par Adrien Moreau et représentant à gauche Lucien Chardon.