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Avec Horace, Corneille inaugure le respect rigoureux des règles d'un genre théâtral que Richelieu s'était employé à codifier. Cette fois, plus de « monstre » tel que L'Illusion comique, plus de héros à l'épée sanglante sur la scène tel que le Don Rodrigue du Cid. Horace est sans conteste une tragédie, et si les morts y sont nombreux, les armes rougies restent en coulisses. Il semble que Corneille, alors âgé de trente-quatre ans, et encore tout auréolé de la gloire du Cid, ait voulu endosser les nobles habits du tragédien : ce sont ceux qui plaisent le mieux à Richelieu, d'autant que le personnage d'Horace incarne de façon paroxystique un serviteur de l'État dont le cardinal devait apprécier le zèle ; ce sont ceux qui montreront aux doctes vétilleux que le dramaturge sait aussi développer son génie dans le respect méticuleux des règles classiques. Certes on reprochera encore quelques défauts de composition, et Corneille luimême ne sera pas le moins sévère de ses critiques dans son « Examen » écrit vingt ans plus tard, en 1660. Ainsi, pourquoi le généreux Horace se laisse-t-il aller à une provocation vulgaire envers sa propre sœur ? Cependant, avec cette grande tragédie, l'héroïsme prend une dimension quasi surhumaine, et le récit que Valère fait du combat des Horaces contre les frères Curiaces donne une définition assez exacte du sublime cornélien. Après une première réaction un peu froide, le public de 1640 – qui a sans doute besoin de s'identifier à de tels héros à l'heure où la France livre, à l'image de Rome, une guerre sans merci contre ses voisins espagnols – accueille finalement avec enthousiasme la création de Corneille. Désormais, après Montchrestien et Mairet, Corneille s'impose comme le maître en matière de tragédie. Racine, lui, n'a pas encore un an…