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Depuis la création de Phèdre en 1677, Racine semble avoir renoncé à la création théâtrale. Cependant, lorsque Mme de Maintenon lui demande de créer une pièce religieuse destinée à être jouée par ses jeunes pensionnaires de Saint-Cyr pour parfaire leur éducation, le dramaturge s'exécute. Le sujet biblique d'Esther convient tout à fait, il permet d'évoquer en filigrane le rôle de Mme de Maintenon elle-même, tant auprès de ses pensionnaires qu'auprès du roi. La pièce est composée en 1688 et fait alterner dialogues et chants – dans la lignée des tragédies grecques –, la création de la musique étant confiée à Jean-Baptiste Moreau. Esther est jouée avec un certain faste devant la cour durant l'hiver 1689 et obtient un triomphe. Toutefois, ce succès sème le trouble dans la communauté et Mme de Maintenon redoute finalement de favoriser l'orgueil des jeunes filles et leur goût des mondanités. L'année suivante, la pièce sera reprise mais avec beaucoup plus de sobriété, et sera jouée uniquement à l'intention des élèves, à l'exception du roi.
Louis XIV, cependant, apprécie tellement cette pièce qu'il demande aussitôt à Racine d'en produire une nouvelle. Racine choisit son sujet, ce sera Athalie. Comme Esther, la tragédie comporte des chants, mais possède une structure plus complexe : elle est cette fois composée de cinq actes, comme pour mieux mettre en relief la foi intraitable et inébranlable du prêtre persécuté et les vertus qui se dessinent chez Joas – le futur monarque.