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En 1664, alors que la représentation de Tartuffe est interdite et que le parti dévot attaque cette pièce avec violence, Molière conçoit une nouvelle comédie, en prose cette fois : Dom Juan. L'auteur s'empare alors d'un personnage connu, déjà en passe de devenir un mythe. En effet, les sources de Dom Juan sont multiples : Tirso de Molina, un moine espagnol, écrit en 1625 El Burlador de Sevilla ; à partir des années 1650, il existe deux versions italiennes de l'histoire de Dom Juan, et bientôt deux versions françaises, l'une de Dorimon, l'autre de Villiers.
Cependant, Molière crée une pièce singulière, dont le foisonnement baroque répond à l'errance d'un personnage perpétuellement insatisfait. Le caractère sulfureux de ce héros libertin culmine dans sa fameuse tirade sur l'hypocrisie alors que, face à lui, le personnage de Sganarelle (joué par Molière !) se révèle tout aussi subversif par sa piètre défense de la morale et de la religion. Jouée en 1665, la comédie connaît immédiatement un très grand succès, mais essuie aussi les attaques de la cabale des dévots. Sous la pression, après quelques représentations, Molière est contraint de retirer sa pièce et, alors qu'il se consacre dans les années suivantes à la défense de son Tartuffe, il abandonne Dom Juan à son sort.
La pièce, amputée de certains passages, est publiée dans l'édition posthume de 1682. Il en existe par ailleurs une version expurgée en vers écrite par Thomas Corneille en 1677, et qui sera la seule jouée jusqu'au milieu du xixe siècle. La comédie, longtemps décriée pour ses irrégularités et son manque d'unité, n'est vraiment redécouverte que dans la deuxième moitié du xxe siècle, notamment grâce à la mise en scène de Louis Jouvet en 1947.