iBibliothèque - accueil
Colomba paraît dans la Revue des Deux Mondes le 1er juillet 1840 avant d'être publiée en volume l'année suivante, déjà concurrencée par plusieurs contrefaçons qui attestent son succès auprès du public. Mérimée a rapporté cette histoire de sa mission d'inspection des monuments en Corse, en 1839. S'il n'a apprécié ni la rudesse du maquis, « dont le seul mérite est de sentir fort bon », ni les paysages « horriblement monotones », il précise dans la même lettre « c'est la pure nature qui m'a plu surtout […] la pure nature de l'HOMME ». Attaché aux caractères bien trempés, fasciné par la violence des vengeances inspirées par l'honneur, il puise à toutes les sources, orales (« je ne me lasse pas [de] me faire conter des histoires de vendettes ») ou écrites (« je fouille dans les dossiers de la cour royale et me repais d'assassinats »). Le personnage de Colomba est inspiré d'une Colomba réelle. Mérimée l'a rencontrée à Fozzano en septembre 1839. Du reste, il en connaissait probablement l'existence pour avoir lu le Voyage en Corse de M. Valéry, paru l'année précédente, qui relate la vendetta dans laquelle « Mme Colomba » perdit son fils unique. Mérimée a repris l'histoire et le caractère de la mère, et emprunté les traits physiques de la fille, « belle comme les amours […] qui à l'âge de seize ans a donné une raclée des plus soignées à un ouvrier de la faction opposée. » Moins célèbre que Carmen, Colomba est cependant considérée par nombre de critiques comme le chef-d'œuvre de Mérimée. Au premier rang d'entre eux, Louis de Loménie, qui a succédé à Mérimée à l'Académie, lui rend cet hommage dans son discours de réception : « On cherche en vain quel défaut la critique la plus sagace et la plus exigeante pourrait découvrir dans Colomba. Jamais composition ne fut ordonnée avec un art plus admirable ; toutes les situations sont préparées de manière à découler les unes des autres et à concourir à l'effet général. […] Jamais sa plume, si nette, si sobre, si ferme, ne s'était montrée plus flexible et plus apte à peindre sans effort, sans vulgarité, comme sans emphase, toutes les nuances du sentiment et de la passion, depuis les plus simples, les plus délicates et les plus douces, jusqu'aux plus violentes ou aux plus grandioses. »