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Inspirée d'un personnage réel

Au cours de l'été 1839, Mérimée fait un voyage en Corse. Dans ses fonctions d'inspecteur des monuments historiques, il parcourt l'île en tous sens, du 16 août au 7 octobre. Il rend compte de ses observations sur l'architecture et l'état des monuments du pays dans ses Notes d'un voyage en Corse publiées en avril 1840.
Dans une lettre adressée aux Lenormant, Mérimée évoque les conditions de son voyage : « Il faut voyager à cheval… Point d'auberges. Pour vivre, il faut faire provision de lettres de recommandation, au moyen desquelles on est traité homériquement par les gens à qui elles sont adressées. Quand on arrive éreinté dans une maison inconnue, il faut faire l'aimable jusqu'à dix heures au lieu d'écrire et dormir. Le matin, impossible de partir avant d'avoir fait honneur au déjeuner. De là, impossibilité de faire vite quelque chose en Corse. » Mérimée regrette-t-il vraiment cette lenteur due à l'hospitalité corse ? On peut en douter car elle lui permet de connaître les mœurs corses par la fréquentation de ses hôtes. Il s'intéresse ainsi à la vendetta comme à un sujet prometteur pour un roman dont l'un de ses hôtes lui fournira le personnage central. Ce commandant, qui l'accueille dans sa maison de Fozzano, lui présente sa sœur, Colomba, une femme de soixante-cinq ans. Elle est au centre d'une vendetta qui a connu un dénouement sanglant en 1833, avec des morts dans les deux camps, dont le fils de Colomba. Mérimée est vivement intéressé par le récit de l'affaire, et surtout ébloui par Catherine, la fille de Colomba, qu'il décrit dans une lettre « belle comme les amours, avec des cheveux qui tombent à terre, trente-deux perles dans la bouche… On la nomme la morgana et elle est vraiment fée, car j'en suis ensorcelé… » En gardant le nom et le destin de la mère, il prendra la fille pour modèle de son personnage.