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Si Horace connaît au départ un médiocre succès – peut-être en raison de l'hommage trop appuyé à Richelieu –, Cinna, tragédie créée en 1642, bénéficie tout de suite d'une faveur plus grande. À l'héroïsme d'un serviteur de l'État succède la grandeur de celui qui l'incarne dans cette pièce « romaine » : l'empereur Auguste lui-même. Lassé sans doute par les conflits sanglants qui déchirent son pays, comme il le fait sentir dans sa dédicace à M. de Montoron, Corneille veut donner tout son éclat à ce qu'il considère comme l'« une des plus belles actions d'Auguste », en portant au plus haut une vertu proche de l'idéal chrétien : la clémence, appliquée ici à ceux qui avaient fomenté la mort d'un empereur naguère belliqueux. Dans un monologue célèbre, Auguste révèle une qualité peu commune dans le monde des héros tragiques : la capacité de se remettre en question, d'examiner sans complaisance ses propres actions pour juger avec plus d'indulgence celles des autres. Aussi le geste sublime du monarque, éteignant d'un coup les haines les plus vives, suscite-t-il une réflexion de Livie, qui pourrait être adressée à Louis XIII : « Et la postérité, dans toutes les provinces,/ Donnera votre exemple aux plus généreux princes. »