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Paru en 1801, Atala inaugure avec fracas le siècle littéraire. Dans les mois qui suivent sa parution, en avril, une véritable « atalamania » déferle dans les boutiques et les théâtres. Tabatières, coffrets, assiettes décorées rendent un hommage fervent aux héros de ce court récit.
Rançon du succès, des parodies sont jouées dès l'été aux théâtres des Variétés et de la Gaîté. Les critiques se déchaînent, dénonçant l'invraisemblance des personnages, l'exagération des sentiments, ou encore l'emphase du style. Les pamphlets auxquels répondent des brochures ne font qu'accroître le tapage médiatique autour d'Atala et nourrissent son succès. Ces Amours de deux sauvages dans le désert – le sous-titre du roman – ont en effet tout pour séduire le lecteur de ce début de siècle qui naît ensanglanté par les violences de la Révolution.
L'histoire est exotique : elle a pour cadre cette Amérique qui a été française et offre au rêve ses splendides paysages et ses mœurs qui fascinent les esprits blasés de la vieille Europe. De plus, elle n'est pas exempte des recettes éprouvées du roman noir : des secrets s'y révèlent, des identités se dévoilent, un captif est deux fois sauvé, un bonheur fou semble possible… Mais l'amour est impossible, Atala doit tenir sa promesse : la foi triomphe de la nature, au prix du malheur terrestre. Car l'histoire est une fable et si l'on y verse des torrents de larmes, c'est au nom du christianisme qu'il s'agit de restaurer.
Atala est un épisode des Natchez, épopée composée durant les années d'exil de Chateaubriand en Angleterre. En 1797, l'écrivain la présente à un libraire parisien – qui ne sera pas séduit – comme une œuvre « dans le goût du temps, où l'on ne veut que des scènes qui remuent et qui ébranlent fortement les âmes ». Bouleversé par la mort de sa mère, Chateaubriand se convertit. Conseillé par Fontanes, esprit lucide qui presse le renouveau du catholicisme et la restauration de la monarchie, l'auteur se jette dans le travail. Remanié, l'épisode d'Atala devient l'histoire doublement exemplaire du martyre volontaire d'une vierge et de la conversion d'un homme de la nature. Son succès prépare à merveille l'accueil du Génie du christianisme qui est publié l'année suivante, quelques mois après que Napoléon Bonaparte – Premier consul signant avec Pie VII le Concordat – a rendu aux prêtres leurs églises et aux églises, leurs fidèles.