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À l'ombre des jeunes filles en fleurs correspond au deuxième volume d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Publié en 1918, il obtient l'année suivante le prix Goncourt. Mais pressé par le temps, l'auteur n'a pas l'occasion de se réjouir de cette récompense. Depuis dix ans qu'il s'est lancé dans la réalisation de l'œuvre majeure de sa vie, cet énorme roman, il a peu à peu abandonné toute vie sociale ou mondaine, et sa santé déjà fragile s'est encore détériorée. C'est épuisé que Proust mourra en 1922. Il aura achevé son cycle, mais sans avoir pu revoir ni enrichir les derniers volumes.
Il ne s'agit pas pour lui de peindre une fresque monumentale de la société, comme l'ont fait Balzac avec La Comédie humaine et Zola avec Les Rougon-Macquart, mais de réaliser une œuvre introspective, cherchant à rendre les sentiments et les sensations, à redonner vie aux souvenirs et aux réminiscences. Le style particulier de Proust, qui utilise des phrases longues, contournées, pleines de digressions, enrichies de propositions relatives et souvent de métaphores, tente de capter le cheminement de la pensée. Procédant par petites touches comme un puzzle lentement assemblé, à l'instar des tableaux impressionnistes de son époque, Proust éclaire peu à peu les sentiments contradictoires des personnages tels qu'ils étaient à un moment donné, pour évoluer et changer en d'autres circonstances.
Le volume est formé de deux récits placés sous le signe des premiers émois amoureux du jeune narrateur : « Autour de Mme Swan » et « Nom de pays : le pays ».
Dans la première partie, l'habileté de Proust consiste à mettre en évidence des sentiments contradictoires, comme la passion naïve habitant alors le narrateur pour la Berma, qui s'oppose aux remarques pondérées et pragmatiques de M. de Norpois ; ou comme l'amour démesuré du jeune homme pour Gilberte, en regard de la méchanceté de l'adolescente et de la vanité des parents, qu'il ne peut à ce moment-là percevoir. Proust fait ainsi coexister le temps ancien tel qu'il était, et les réflexions faites plus tard par le narrateur.
Dans sa quête de la beauté et de la vérité de l'art, le narrateur a la chance de rencontrer chez les Swann un écrivain qu'il révère : Bergote. Finalement, le jeune homme sera déçu dans son amour pour Gilberte et, feignant dans des lettres qu'il envoie à la jeune fille une indifférence qu'il ne ressent pas, il finira par se guérir de son amour pour elle.
La deuxième partie se déroule deux ans plus tard, sur la côte normande, dans la station balnéaire imaginaire de Balbec où le narrateur séjourne au Grand Hôtel avec sa grand-mère et la cuisinière, Françoise. Dans « Nom de pays : le pays », Proust s'attache à des thèmes qui lui sont chers : les mystères et les révélations de l'art, le désir et ce qu'il pousse à faire ou dire, les mondanités, le snobisme, l'arrivisme, le désir de plaire, ainsi que la modestie.